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Nijukun : les 20 préceptes du Karaté-Do

mardi 23 juillet 2013, par vohzdmaster



1. N’oubliez pas que le Karaté-Do commence par le salut et se termine par le salut.

Le véritable karatéka fait toujours preuve de respect et de politesse. Envers ses professeurs et ses camarades d’entrainement, mais également dans les autres situations de la vie (école, travail, etc).
O-senseï rappelait souvent à ses élèves que "sans courtoisie l’esprit du karaté-do n’existe pas".
Le respect d’autrui est l’expression de l’humilité du karatéka qui sait maitriser son ego.

2. En karaté, il n’y a pas de premier geste.

Sans nul doute le précepte le plus célèbre. Ce précepte exprime a lui seul une grande partie de l’esprit du karaté. Le karaté ne sert pas à déclencher la violence mais au contraire a s’en protéger. Ainsi comme le samouraï ne tire pas son sabre sans raison bien valable, le karatéka ne fait pas usage de sa technique s’il n’y est pas contraint.
Au-delà de la technique, la sereine détermination du karatéka doit suffire à faire comprendre a l’agresseur éventuel qu’il est dans son intérêt de renoncer à son projet d’attaque.
En revanche cela ne remet absolument pas en cause l’engagement total dont le karatéka doit faire preuve une fois le combat engagé.
Sur le plan spirituel ce précepte indique que le karatéka ne doit jamais être animé d’intentions hostiles et qu’il doit éviter les situations où les bagarres sont courantes, "pour éviter d’être frappé et d’avoir à frapper les autres". Il n’est donc pas non plus admis que le karatéka emploie sa technique sans retenue à la moindre occasion.

3. Le karaté au service de la justice.

Ce précepte se comprend aisément. Il donne un aperçu clair sur la direction que le fondateur souhaitait donner a son budo.
Le karatéka doit être juste et capable d’apporter son aide à autrui.
Attention toutefois à garder l’esprit lucide en toutes circonstances : il faut savoir aider autrui sans se mettre inutilement en danger. Permettre à quelqu’un de fuir une agression est suffisant et affronter l’agresseur n’est jamais obligatoire, il est préférable d’éviter cette extrémité autant qu’il est possible de quitter la situation sans danger.

4. D’abord connais-toi toi-même, et après connais les autres.

De Socrate à Krishnamurti en passant par Lao Tseu et de nombreux autres hommes réputés pour leur sagesse, tous ont toujours exhorté les hommes à être attentifs à ce qu’il se passe dans leur esprit, afin de mieux comprendre le monde. Ce précepte de O-senseï Funakoshi fait étrangement écho au célèbre "connais-toi toi-même" de Socrate alors qu’ils vécurent en des temps et lieux très différents.
Même dans les considérations plus terre-à-terre d’un kumite de karaté, savoir reconnaître ses propres points forts et ne pas ignorer ses faiblesses est une chose importante. Quand en plus on parvient à percevoir les points forts et les points faibles d’autrui, il est alors possible d’identifier les failles et les moyens de les exploiter.

5. L’esprit plus que la technique.

Faisant écho à plusieurs autres préceptes et citations de O-senseï Funakoshi, ce précepte met l’accent sur l’importance de l’esprit.
O-sensei veut attirer l’attention sur le fait qu’un karateka se trouvera en difficulté si son esprit n’est pas prêt. Si la détermination manque, si la lucidité disparaît dans les brouillards du doute, si le découragement ou la crainte font perdre de vue l’objectif, alors le karateka est vulnérable.
En combat, une excellente condition physique et technique n’est pas une grande aide quand l’esprit n’arrive pas à les utiliser de façon pertinente. Au contraire, le maître dont l’esprit acéré sait rester libre de manière à percevoir l’adversaire totalement, l’anticiper et le prévoir, saura toujours éviter la défaite (et souvent même l’affrontement).

6. L’esprit doit rester libre.

De la même façon qu’il est difficile de distinguer un discours au milieu d’une cacophonie, le karatéka aura du mal à rester concentré sur son objectif si son esprit se focalise sur d’autres choses. En combat, celui qui réfléchit aux techniques qu’il veut employer ne fait plus suffisamment attention à son adversaire et perd de vue la condition primordiale : être victorieux implique de ne pas perdre, et par extension de ne pas être atteint. En kata, celui qui fait une erreur et attache son esprit sur celle-ci produit les conditions qui entrainent une nouvelle erreur. De même, le karatéka ne doit pas enfermer son esprit dans des croyances et des convictions rigides qui l’empêcheront de considérer toutes les situations avec lucidité.

7. La négligence provoque le malheur.

Ce précepte sonne comme une suite directe du précédent : le manque d’attention est responsable des malchances. Force est de constater que, dans tous les domaines, le manque d’effort, le manque d’attention, l’attrait de la facilité, la précipitation ou le bâclage sont très souvent à l’origine des "malchances". Du karatéka qui abime son anatomie en ne faisant pas l’effort d’une position correcte, au décisionnaire qui prend ses décisions en excluant tout ce qui ne sert pas ses intérêts, la négligence et le manque d’effort peuvent prendre des formes inattendues.
O-sensei disait : "Avec une attitude tiède face à la vie, qui vous fait supposer qu’après un échec il existe toujours une deuxième chance, qu’espérez-vous accomplir l’espace d’une vie [...] ?"

8. Ne pensez pas au karaté seulement au dojo.

Il est ici question de karaté-do en tant que budo, en tant que voie. Ici O-sensei veut faire comprendre que le budo est un mode de vie intégral, pas une attitude qu’on adopte uniquement au dojo le temps d’un entrainement. Les principes du karaté-do sont applicables aux éléments de la vie quotidienne, et leur sont même profitables.
Qu’il s’agisse du respect d’autrui qui évite de produire des conflits ou de la lucidité qui évite les réactions inadaptées, chaque situation peut profiter des bienfaits apportés par la pratique profonde du karaté-do.
Ce précepte indique en particulier que le véritable karaté ne peut pas se concevoir comme une discipline sportive ou une pratique physique seulement. Comme dans tous les budos, le développement de l’esprit est un aspect à part entière de l’enseignement.

9. En karaté, la formation dure la vie entière.

Ce précepte donne une information essentielle sur la façon de considérer la pratique du karaté. Contrairement à beaucoup de choses qu’on a l’habitude de considérer comme des tâches qui se terminent dès qu’elles sont remplies, la pratique du karaté n’a pas de fin. Malgré les innombrables aspects à appréhender et à maitriser, il n’existe pas d’objectif ultime dont la réalisation marquerait la capitalisation irréversible de tous les efforts fournis jusque là.
Le karaté accompagne la vie de celui qui le pratique. Rien n’est acquis et quelque soit le niveau atteint, il n’est garanti que dans le cadre d’une pratique régulière. O-senseï aimait comparer le karaté à l’eau chaude : "Apportez lui constamment de la chaleur sinon elle refroidira".
N’arrêtez pas de vous entraîner sinon vous régresserez.

10. Le karaté est dans chaque chose que vous réalisez. Là est sa beauté.

O-senseï aimait rappeler que le karaté ne se pratique pas "seulement au dojo, avec un professeur". Il ne faisait pas nécessairement référence aux techniques de karaté lorsqu’il disait cela. Au contraire, c’est encore sur le plan de l’esprit qu’il faut comprendre ce précepte.
N’importe qui peut découvrir rapidement que l’état d’esprit qui convient à la pratique du karaté se révèle également très bénéfique dans tous les autres aspects de la vie. La vigilance, la lucidité, la concentration et la rigueur que le karatéka s’efforce de mettre dans son karaté ont également beaucoup à apporter dans les autres choses qu’il fait. En abordant tous les domaines de la vie avec le même sérieux et la même lucidité, le pratiquant peut surmonter toutes les difficultés.

11. Le karaté est comme l’eau chaude. Si vous ne la réchauffez pas continuellement, l’eau redevient froide.

Ce précepte va de paire avec le 9ème. Le karaté n’a pas de fin et fait partie des choses qui retrouvent un état de repos quand elles ne sont plus alimentées. Ainsi pour faire progresser son karaté, le pratiquant doit le travailler constamment et de manière régulière.

12. Tu ne dois pas penser à gagner, tu dois penser à ne pas perdre.

Ce conseil anodin a une importance capitale. Il s’agit d’une question de mesure et d’intention. O-senseï attire l’attention sur le fait qu’il ne faut pas chercher la domination mais plutôt faire en sorte de ne pas subir celle d’autrui. La nuance est de taille, l’objectif et l’intention sont très différents : le but est de se protéger, pas de devenir soi-même agresseur. "Tu dois penser à ne pas perdre" ne signifie pas non plus qu’on doive tenir un raisonnement durant un combat. Cette affirmation précise plutôt que l’intention générale doit être en priorité de se protéger. Cela n’exclut pas pour autant les contre-attaques. Se protéger en bloquant les attaques d’un agresseur est très valable, mais se protéger en le mettant hors de combat ne l’est pas moins. On peut entrevoir ici le problème que pose la compétition de karaté.

13. Changez selon votre adversaire.

Un maître a dit un jour : “La main immobile est la main d’un mort”.
Les karatékas connaissent bien l’importance de rester en mouvement, dynamique. Ce treizième précepte rappelle qu’il n’existe pas de recette universelle qui mène au succès. Chaque combat nécessite un effort particulier d’adaptation. S’adapter justement à son adversaire implique de le percevoir justement. L’effort d’adaptation dépend directement de la capacité à percevoir et comprendre l’adversaire. Ce n’est que dans ces conditions qu’il devient possible de réagir efficacement, voire d’anticiper les mouvements de l’adversaire : les fameuses notions de timing sen-no-sen /go-no-sen. Cette adaptation extrême à l’adversaire n’est possible qu’en développant beaucoup de lucidité et de concentration.

14. L’intelligence du combat consiste à le contrôler.

Ce précepte est la suite directe du précédent. Celui qui parvient à percevoir véritablement son adversaire et ses intentions se met hors de portée de la défaite. Ne pas subir les actions de l’adversaire, les anticiper, les déclencher et les guider permet de faire évoluer le combat dans un sens favorable. La maxime la plus connue dit que "la meilleure défense, c’est l’attaque". Ceci est vrai, dans la mesure où un adversaire qui pense à se défendre ne pense pas à attaquer. Mais ce précepte va plus loin. Que ce soit dans la défense, dans l’attaque ou simplement dans le mouvement, l’intelligence au combat consiste à l’amener dans une situation plus avantageuse. Comme dans le précepte précédent, la lucidité et l’attention sont les qualités qui permettront d’identifier, chez l’adversaire, les faiblesses à exploiter et les points forts à éviter. Le célèbre escrimeur Miyamoto Musashi consacre une grande partie de son "traité des cinq roues" à expliquer comment tenir compte de l’environnement et comment réagir en fonction de l’adversaire.

15. Considérez que les bras et les jambes des gens sont des épées.

Ce conseil fait référence à la fois au principe des atémis (coups frappés), très utilisé en karaté, et au septième précepte qui rappelle que le manque d’attention ou de considération peut avoir des conséquences catastrophiques, particulièrement en combat réel.
Le karaté utilise de puissantes techniques de frappe sur des points particulièrement vulnérables de l’adversaire (kyusho, points vitaux) pour une efficacité maximale. Il faut donc rester vigilant, car un adversaire aguerri pourrait utiliser ces principes contre nous-mêmes.
Ainsi O-senseï attire l’attention sur le fait qu’il ne faut pas aborder le combat à la légère, en pensant pouvoir supporter les attaques d’un adversaire. L’affrontement pourrait tourner à la défaite dès la première attaque adverse s’il est abordé avec l’idée qu’il y aura toujours une prochaine occasion : ça pourrait ne pas être le cas !
En dehors du contexte du combat, ce précepte s’applique également à toutes les circonstances de la vie quotidienne. Rester conscient de la proximité et des différentes possibilités d’autrui pour ne pas être inutilement vulnérable.

16. Il y a un million d’ennemis par delà votre porte.

L’efficacité à assurer sa propre sécurité repose avant tout sur la vigilance et la perception juste des situations. Cette affirmation met simplement l’accent sur la nécessité d’être vigilant, attentif à notre environnement immédiat. Comme l’indique le huitième précepte, le karaté ne se pratique pas seulement au dojo. La vigilance, nécessaire en karaté, peut être mise à profit dans la vie quotidienne pour prévenir et éviter les situations dangereuses avant qu’elles n’aboutissent et se transforment en menaces concrètes. De par l’histoire de leurs îles, c’est une habitude qui s’est ancrée assez profondément dans les populations okinawaïennes et japonaises. A l’époque à laquelle vécut O-senseï, cette habitude d’être vigilant était encore répandue. Actuellement nous pouvons constater que nos sociétés modernes, si elles sont plus éloignées des guerres, ne parviennent pas pour autant à assurer la sécurité de tous les individus et échouent même parfois à maintenir l’ordre publique. Les agressions, mortelles ou pas, existent malheureusement toujours.

17. Posture (stricte) pour les débutants, posture naturelle plus tard.

Les positions du karaté ne sont pas vraiment naturelles. O-senseï explique ici que les débutants doivent tous prendre pour modèle les postures rigoureusement correctes et veiller à les respecter le mieux possible. Après des années de pratique et en fonction de leurs spécificités individuelles, ces karatékas se seront appropriés ces postures et les auront peut-être même légèrement adaptées à leurs préférences personnelles. Pour ces pratiquants avancés, ces postures seront devenues "naturelles" mais il est important que tous les karatekas partagent une base unique clairement identifiée (au moins pour chaque style). Cela garantit en particulier que s’ils entreprennent un jour de transmettre ce que leur a légué leur professeur, ils transmettront les mêmes bases. La dérive est limitée et le karaté ne perd pas de son identité au fil des générations.

18. L’exercice doit être correct, le vrai combat est autre chose.

Ce précepte rappelle aux karatékas, malgré la finalité concrète que représente le combat, que l’entrainement de karaté emploie des moyens divers pour permettre aux pratiquants de progresser. Les consignes des travaux doivent donc être respectées le plus possible. Dans le même temps, les comportements de mauvaise volonté par rapport à certains exercices doivent être totalement bannis. Le kata et le kumite apportent des bénéfices différents. Il en va de même pour les kumite conventionnels où le comportement de tori est strictement codifié. Chaque travail a ses objectifs et les pratiquants doivent faire confiance à leur(s) professeur(s). Sur le plan spirituel, les différents exercices de l’entrainement laissent la possibilité au pratiquant de focaliser son attention sur différentes choses : positionnement, défaut à corriger, difficulté à surmonter... Un affrontement réel demande une toute autre concentration.

19. N’oubliez pas les variations de force, de vitesse et de souplesse dans les techniques.

Il s’agit ici de rappeler que s’il n’y a généralement qu’un seul mouvement correct pour une technique donnée, les autres aspects que l’on joint au mouvement lors de sa réalisation peuvent et doivent varier pour s’adapter au mieux à la situation et produire l’effet recherché. Tout karatéka apprend rapidement qu’une même technique peut avoir différentes utilisations selon les circonstances. De la même façon, une technique donnée peut être exécutée de différentes manières : défonçante, fouettée, arrêtée, en contraction (poussée)... Sur le plan spirituel, ce précepte rappelle également qu’il ne faut pas figer son esprit et que le karatéka doit éviter tout dogmatisme. Là aussi, il s’agit de garder le dynamisme de la perception et de la réaction, indispensable en situation de combat.

20. Perfectionnez-vous tout le temps.

Qu’il s’agisse de la condition physique, de la maitrise technique ou du développement spirituel, ce précepte indique qu’il ne faut rien considérer comme acquis, et qu’il ne faut pas non plus estimer avoir atteint un quelconque maximum dans aucun domaine.
La perfection n’existe pas et le progrès est toujours possible. Naturellement il ne s’agit pas du même ordre de progression selon qu’une technique est déjà bien maitrisée ou qu’elle soit encore pleine de défauts. Mais l’idée est qu’il y a toujours une possibilité de perfectionnement. Sur le plan de l’esprit, ce précepte signifie qu’il ne faut jamais être suffisant et toujours s’efforcer de mieux faire.
Le karatéka qui ne se satisfait pas de son niveau de maitrise de l’art du karaté-do rencontrera ses limites toujours plus tard que celui qui estime qu’il "en a assez fait".